Atelier d’écriture #2-a

Second volet du cycle de l’atelier d’écriture proposé par Elise Vandel-Deschaseaux en lien avec l’exposition HAD hier, aujourd’hui, demain.
Signe et sens, aujourd’hui qu’est-ce qui nous habite et comment nous l’habitons ? Comment faire signe et laisser trace pour demain avec l’humus d’hier ?
Des extraits de textes de Roland Barthes et un poème d’Eugenio de Andrade nous emmèneront vers le haïku, petit instantané, pris sur le vif.
Sei Shônagon, Christa Wolf et Daniel Leclercq nous entoureront de leur écriture-refuge.
Puis nous écouterons nos perceptions, nos émotions, nos ressentis – qui influent notre rapport, nécessairement subjectif, à la couleur qu’Auguste Renoir nomme si joliment.

Proposition 1 : Écrire par fragments le monde qui nous entoure
Composer des petits instantanés, comme on prend un polaroïd sur le vif, où la spontanéité jaillit et où les mots sont ciselés. Faire appel aux 5 sens : vue, odorat, ouïe, toucher, goût.
Vous vous promenez dans l’exposition et glanez des mots, des impressions.

Nuages démultipliés
Nuages glacés
Galettes sucrées
A la croûte craquelée
Petites traces gelées
Flocons délicatement déposés
Terre cuite
Croûte griffée
Nuages démultipliés
Un tampon calligraphié

Catherine Lafite

**

L’infini des bols

Langues sèches
Langues humides
Jaune et brique

Vernissés et doux
Ils refusent d’être bols
Plutôt des courbes

Oranges pressées
Jetées au rebut
Leur chair dégouline

Bleus déformés
Bercés par la vague
Sac et ressac

Bols noirs
Encriers de mots
Déversés

Verts
Bols d’herbe fraîche
Coupée Odorante

Rouges coupes
Matières lourdes
Coulent et coulent

Marrons vernissés
Bogues ouvertes
Le fruit a été mangé

Bols blancs
Bols blêmes
Boire du thé

Bols vulves
Pavillons d’oreilles
Étoiles de mer

Chapeaux ambrés
Frottés au soleil
De nombreux étés

Bols où soufflent
Les flots grondeurs
Des coquillages

Celui-ci pâle et discret
Sert de cache
À l’escargot

De ces bols
À l’infini
On pourrait parler

Joëlle Caujolle

**
rivière sacrée, nuage coloré, flaque désagrégée, algues glissantes sur les pas de l’éternité.
Pilon dur et mordant 
Tape tape
sur la terre d’acier d’une violence surnaturelle.
Huit plus un
ils sont neuf
petits lutins lointains à la queue leu leu
Comme un petit train chu chu chu
on entend au lointain
Rocher d’ébène dur et brillant posé déposé assemblé aux milles reflets
Langue de feu tu t’étires à l’ombre des piliers ancestraux
Le soleil et la boue pour toute parure.

Dominique Heimburger

**

*Instantané sur une œuvre

Le nuage a atterri
Aplatissage forcé
La mousse se blottit en creux
Dessine des îlots
Sur l’émail bleuté
A l’éclat morcelé
Géographie nouvelle
Résurgence du relief
Des parcelles à partager
Que se dispute le regard.

Tonneaux saucissonnés
Un lombric dans l’air
Réserve d’eau endurcie
Attirance magnétique,
Des prédateurs hument cet enrobage
Puis en griffent l’écorce en vain
Sans atteindre le nectar.
Au cœur de la terre sèche coulent les nuages en retraite.

Delphine Klos.

 

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