Atelier d’écriture #2-b

Proposition 2 : 2. Écrire un texte en écho à l’abri, au refuge, à l’habiter maintenant.
L’écriture, la lettre le mot sont des signes avec lesquels on vit, comme une maison qui nous entoure. Le potier, comme l’écrivain, laisse sa trace dans la matière fugitive qu’il scelle en la modelant et la cuisant. Sur le site de Jean-Pierre Viot, il y a cette phrase : « L’escargot se déplace dans une continue création de son corps, s’invente et se rejoint. Il glisse avec aisance dans le tunnel sans fin de son identité. On le dit peu rapide sans voir que le précède son image future, et qu’il avait en lui la route qu’il emprunte ». Alexandre Toursky.
Imprégnez-vous de cette conception de l’habiter et explorez votre rapport actuel à l’abri, au refuge, à la maison, sous la forme que vous souhaitez pour livrer un portait écrit de la maison. N’oubliez pas vos cinq sens…

C’est un cocon d’argile, de terre cuite.
D’autres diront que le vers à soie l’a façonné,
rempli de fils légers, transparents, entrelacés.
Il trompe l’œil, le désarme,
Seul le toucher permet de l’apprivoiser.
Il est froid sous les doigts,
glacé même, glissant.
Sa croûte parfois douce, sait se faire crapuleuse,
titiller les sens.
Éventré, il n’est plus qu’une matrice, qu’une carapace pour
l’embryon aux genoux repliés.

Catherine Lafite

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La maison de l’escargot

    Je choisis pour séjour la maison de l’escargot.

Forteresse d’argile au socle stable, nul vent, nulle vague ne l’ébranle.
L’émotion la contourne.
L’utile sacrifié pour la beauté, ses couleurs vives sur la façade, désaltèrent l’œil.
À travers les petites ouvertures circulaires qui trouent le haut de ses murs, on l’entend chanter. Les bols rouges flanqués sur sa façade ouvrent leurs lèvres chuchotantes et dans la céramique bleue de ses ornements, elle se tait.

    Je choisis pour séjour la maison de l’escargot.

Elle garde caché son habitacle intérieur, pièces et recoins.
Patiemment, la parcourir du dehors et de bas jusqu’en haut, avec la lenteur recommandée de l’escargot.
Son secret reste dedans.
Quoi ?

Joëlle Caujolle

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Tous ces toits toutes ces formes qui jalonnent ta vie
Choix du lieu choix du matériau à façonner de tes mains pour y laisser ton empreinte du temps. Traces qui s inscrivent dans ton histoire signe de bonheur , d’apaisement ou de peur
Et tu peux y déposer ton âme

Dominique Heimburger

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Chez Haguiko et Jean-Pierre.

Tout est à l’envers chez eux. Ce qui, dans la vraie vie, est moelleux, doux, léger, évanescent, impalpable, devient ici dur comme la pierre. Les ombres se pétrifient et se craquellent, les polochons de céramique vous brisent la nuque, des nuages jonchent le sol et vous font trébucher, d’autres – carrés et alignés comme des soldats- sont cloués au mur pour l’éternité.

Ce qui dans la vraie vie, est dur, solide, rassurant devient ici mou et flasque. Les bols ramollis s’envolent et ornent les murs de leurs formes fantasques, papillons aux vives couleurs. Les colonnes se tordent en tous sens et ne soutiennent rien, les vases sont troués et renversés.

Si je vivais dans la maison d’Haguiko et de Jean-Pierre, je m’élancerais, légère comme une plume, je me percherais en haut des armoires ou au plafond et je dormirais suspendue la tête en bas. Rien ne serait sérieux, tant mieux !

Geneviève Caumel

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Il peint, il brille bleu

Il cuit, hors du four il luit

Traversin d’amour.

 

La tête dans les nuages

Ils passent sans me voir

La pluie me réveille.

 

Analyser par tranches

Blanches Sales Craquelées Boursouflées

Essorer un nuage blanc

Entre ses mains

Le mouler Le laisser goutter

Comme un fromage de chèvre

Le déguster ?

Gageure des sens.

 

Palourdes Cyan, chapeaux chinois Émeraude, murex Tyrien

Fossiles arrimés, agrippés

Protégés de la disparition inéluctable

Une couleur, un message ?

C’est le repas de la mer

C’est le mobilier de la plage

C’est le décor tombé du ciel

 

La lumière de la naissance

La naissance à la lumière

Sur terre.

 

Les reliefs d’une civilisation disparue

Hiératique

Nomade

Sont rassemblés, là.

 

Prisonnier le nuage se défend

Lutte s’écartèle se cisèle

Ne se répand pas.

Il est contractures, souffrance.

 

Abri protecteur.

L’entrée sera librement ouverte en arcade blanche, paupière d’albâtre.

Les couleurs éclateront en façade comme tessons d’arc en ciel, inclusions permanentes aux reflets changeants.

Des effluves de citron, de cannelle, de coriandre, de menthe, de cassis, de framboise s’exhaleront des ouvertures arrondies ajourées de festons. Appel aux espaces intérieurs.

Légers, aériens, lumineux, ils accueillent le soleil et les convives riches de bons mots et de bons mets. La rue vibre, les chants s’entremêlent, les senteurs éclaboussent de plaisir les Rois.

« Nous sommes tous des Rois » Hundertwasser.

 

Josette Echene

 

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