Atelier d’écriture en famille

Samedi dernier, une petite troupe de trois familles s’est joyeusement réunie dans la « bibliothèque verte », sous le regard bienveillant d’Elise Vandel, animatrice d’atelier d’écriture avec qui nous travaillons depuis plus d’un an désormais. A chaque exposition, elle sort de son sac pléthore de pistes pour permettre de voir autrement les œuvres des expositions, en s’inventant  les histoires qui nous tiennent à cœur. Cadavre exquis, haïku, histoire sans queue ni tête et autre fantaisie sont de jolis prétextes pour donner vie aux mots et créer un imaginaire commun à partir de la perception des œuvres. C’est un temps précieux et riche d’où ressortent toujours de fabuleuses créations d’écriture.

Lola, Lila, Solal, Emilie, Marie-Claude et Estelle ont formulé de belles histoires que nous mettons en partage. Merci à elles, à eux !

Cadavres exquis

Je suis complètement à l’ouest de la pièce est situé à droite du nord ou à l’école, on travaille et on apprend à lire. Pourquoi demain je serai heureux comme un poisson dans l’eau surtout quand on lui dit qu’il est gentil il se met à crier. Sans crier gare, ou aéroport, ou station de péage. Ah ces autoroutes ! Pratiques mais étendues de béton, usé, se fissurait avec le temps comme les cœurs si jolis. Un livre d’oiseau de toutes les couleurs : rose, violet, rouge, bleu, marron, noir, vert, orange, blanc, je comprends mieux ce que l’écrivain peut ressentir.

Un basset se promenait au bord de la mer salée, douce, la couleur du ciel sans nuage noir et grondant : un orage se prépare, vite se mettre à l’abri des regards, un homme cueille une violette innocente et triste ; j’aurai peur, très peur d’une météorite qui franchirait la terre : terre brûlée, planète terre, terre-acier, ter-mite, thermos gris sur une table blanche contenant un liquide orange, fruit, couleur, forme, goût, odeur, la douceur. C’est une caresse agréable sur un visage d’enfant gourmand, avaleur de bonbons qui font « scritch », « scratch », on en a marre. Bougie qui fond et fait de la cire.

Le vent qui souffle et fait déplacer les feuilles de l’automne, la couleur des feuilles est rouge. Comme tous ces bonbons multicolores, jaune aussi : du bleu. Le chien est gris mais on devine qu’il est bizarre et ingénieux de laisser glisser son imagination sur une page vide…
vide… comme ce cadre dans lequel il n’y a que des gaz toxiques et dangereux c’est le bazar. Mais ne vous y méprenez pas : il est organisé parce qu’on n’est pas calme. Le Bouddha fait le vide intérieur, tranquillement assise sur une chaise pliante, sur le sable blanc, je fixais l’eau de mer qui s’écrasait sur la plage. Mon nouveau bikini faisait fureur, mais les coups de soleil me rappelèrent la réalité de ce soleil si chaud de juillet…

La discrétion est tellement discrète qu’on ne la voit pas. L’oiseau s’envole tout en haut de la tour. Tourneboulée, l’araignée sur sa toile pailletée de rosées : étaient mes joues quand je vis son regard sur moi. Les pieds du Bouddha sont en position retournée à l’école et travailler comme un ingénieur dans le grand art de ne rien faire, difficile trajet long, mais ce qui compte c’est l’aventure. Après tout cela, nous rêvions d’un peu de repos bien mérité : comment continuer après tout ça, j’attends, j’espère que tu seras content de ceux que j’ai écrit et pensé gentiment.

Il était une fois un jeune homme en pierre suspendu dans une exposition sur la discrétion avec des personnes inconnues ou même connues. Inconnues, célèbres, oubliées ou simplement : discrètes… Colombe qui s’envole dans le ciel était noir et les étoiles brillaient de mille feux et moi je les regardais les visages en laissant vagabonder mon imagination débordante, s’écoulant de mes pensées si sombres. Une lumière surgit soudain, chaude qui nous rassura, sauvés ! Les militaires avaient gagné la bataille, nos tendres héros du quotidien, tout en discrétion et en bulles de savon que le petit garçon envoie vers le ciel jaune, non, ça n’existe pas.
Visage déformé, un visage parfait, un visage normal. Enfin, Gaston le croit que c’est normalement, personne n’a le droit de chuchoter dans cette pièce mais tout le monde le fait. Une fleur dans l’arbre vert une femme un homme n’est pas comme une femme. Les femmes ont plus de patience que les hommes et sont plus calmes. J’aime être un homme quand même. Blocage, pourquoi, quoi écrire, ce qui vient du fond. Comme disait Mano Solo, il y a toujours plus profond que le fond est loin dans mes pensées ! Quand pourrais-je l’atteindre ? Est-ce son but réel ?

Que peut-on écrire sur la discrétion aujourd’hui, ce n’est pas hier et pas encore demain ! Je serai très content de passer cet après-midi dans un exercice que rien ne perturbe jamais, ce petit chat errant : un musicien avec sa guitare et barbe blanche : une feuille, la lune ; les mouettes sont blanches. Ici juste devant nos yeux un livre carré de couleur orange. Ce bel abat-jour devient rose pétale de rose tombé nu sur une table et qui embaume la pièce. En porcelaine, comme ces deux colombes de céramique je n’ai plus qu’à manger et aller au lit ou dormir lit pour se réveiller lit pour lire nuage de gaz rares, invisibles et transparents, doux comme un souffle de coton dans les ailes d’un avion.

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C’est comme si j’étais Zeus, Zeus ce buste de pierre qui ressentait tout, vivait tout mais ne pouvait réagir. Sans bras, sans jambe, sans coeur, sans nez ni bouche difficile de vivre sa vie, on en devient plutôt spectateur. Zeus rêvait souvent de pouvoir courir, de pouvoir parler, de pouvoir aimer, de pouvoir se déplacer et voir les belles choses de la vie. Tout ce monde qui était le sien qu’il observait sans vraiment s’y intéresser, sans vraiment y prêter attention, sans vraiment lui donner de l’importance. Il était là mais était absent, il fixait la vie tel une pièce de théâtre, en toute discrétion. Zeus sentait sa pierre vibrer au rythme du raisonnement des voix sans nombres. Zeus vivait chaque moment comme le dernier, comme si pour lui la vie ne s’arrêterait jamais. Et ce mûr vert anis à fleurs blanches qui sans cesse lui rappelait combien il était seul, qui sans cesse lui criait qu’il ne mourra jamais et que toute son éternité il fixera sa vie ainsi que ce mur et qu’il ne comprendra jamais la raison de son existence.

Lola

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Je suis un homme qui lit 2 livres.

Je m’installe dans un bon fauteuil, ni trop dur ni trop moelleux, je chausse mes lunettes double foyers, un pour lire le livre tenu par ma main droite, l’autre pour découvrir les photos illustrant celui posé à ma gauche.

Au fil de ma lecture, je passe d’un écrit à l’autre selon l’envie du moment jusqu’à sentir que ces deux faisceaux d’observation se rejoignent en un. Mon champ de vision s’est élargi, se transforme. Je vois comme au cinéma, des images, des sous-titrages. Et ces deux écrits deviennent un, s’assemblent comme s’ils avaient été créés pour… jusqu’à la FIN qui se termine au même instant.

Je referme ces deux livres, mes deux paupières, je pose mes deux bras sur les accoudoirs du fauteuil et je me laisse ressentir cette belle histoire fusionnelle.

Marie-Claude